I
Du sentier naît le vol de l’oiseau, et dans le bruissement de l’aile, l’ombre indifférente des arpenteurs de l’infini.
Sous l’arbre des artifices, le trajet sifflement des flèches de l’acier et le retour imprévu des formes inachevées.
Un ongle replié dans l’armure tétanique, une lame insufflée aux rires des passeurs de la révolte, deux charmeurs de serments qui poussent l’allusion à son point de rupture.
Reprise.
Du sentier naît le grondement du tonnerre, quand le silex abusé par ses rêves roule en fracas sur le lit des saphirs.
Les pêcheurs de l’abyme ont jeté leurs filets aux soudures de l’instant, pour mieux capturer l’alouette ou piéger l’aigle des caresses.
Voyages aux épices ou senteurs fluor des ambassades inavouées.
Dans le silence des horizons se meuvent les chamoiseries du spectre vertigineux.
Tatoué en songe, piqueté de segments vénéneux.
II
Serpent tu es, serpent tu demeures, quand tu traverses le fil du doute et désignes du regard la constellation du poison.
Le minaret, parfois, montre son museau, et le chant du poète soufi vibre ses partitions sous les élans aux fragrances magiciennes.
Plonge ta main dans le cœur des fébrilités, enveloppe le corps des attirances dans le velours des fusions.
Et si tu veux crier, ne te gêne pas pour moi. J’ai l’humeur mâtine des espiègleries carnassières. Et j’entrouvre aux premiers plis de l’aube la fenêtre des luxures.
Alors, pourquoi pas…
III
Le tronc frémit en accord majeur, et l’écorce du plaisir a étiré ses papilles en faisceaux lumineux.
Reprise.
Serpent tu vivifies le rebord des passerelles, enroulé sur l’obsession salée des torsions minérales.
Viens dénuder la patience et flirter avec le souffle des géants fascinés par ta beauté.
Je te suggérerai le chemin des fugues et t’offrirai le venin que tu n’as pas déchaîné.
Sur un banc, sous un pont, dans l’opacité fantasque des sinuosités vagabondes. À l’angle des sursauts, aux abords des forêts. Dans le reflux des vagues ou au-dessus des parterres.
Viens, au-delà du dernier virage, s’élève un temple insolent, peuplé de sarcasmes et de dérisions.
IV
Le beffroi a des allures de fanfaron. Il bourgeonne et bougonne, subtilise le pinceau et décore le ciel d’un dédain imaginaire.
Il carnavalise ses ambitions pour jeter aux passereaux les plumes recourbées d’un parchemin. Sa voix est sourde comme un tambour africain abandonné dans la neige.
Identifions la peau.
Et clarifions avec les Dieux notre refus de toute reconnaissance.
Nous écrirons sur le boisseau que les noms de l’inconnu doivent sans doute le rester.
Oh, un pigeon farceur et une sauterelle mordorée !
Qu’ils viennent abreuver nos insouciances, qu’ils s’installent à la table des amis et partagent avec nous l’insomnie du fêtard endiablé, mû par l’étrangeté de la plante aux corolles épanouies, tel le sein ébahi d’une danseuse amoureuse.
V
Vogue en sesterces pour libérer les voiles et dépenser sans compter les diamants de l’éther !
Ces côtes nuageuses dessinent une silhouette embrumée, pour mieux séduire le navigateur imprudent. Il a croisé ta route et pour son plus grand bonheur perdu la bataille.
De mon côté, j’aurais aimé arborer le trident des vainqueurs, mais la lutte pour nous est devenue enlacement. Va savoir où commence l’un et où finit l’autre.
Une cuillérée de désir, un arôme dilué, le parfum d’un démon sur la colonne des vertèbres. Quelle potion pour une symphonie des joutes charnelles et des tisons ardents.
Que le volcan s’incline, pour une humilité dérobée et un geste admiratif.
VI
Il est des repos bien mérités, mais qui jouent avec les sens comme une toupie avec l’espace.
Reprise.
Tu es né du serpent aux dents enflammées, celui qui ondoie et soustrait le rayon pour chauffer son mouvement sibyllin.
Pourrait-il cligner de l’œil qu’il y renoncerait, car, comment, effacer de la vue ce qui la rend invisible ?
Tu laisses glisser le sable dans les doigts de l’attente, soudain irritée d’avoir à dénombrer les mesures du temps.
Viens.
VII
Les marchés de dupes sont ouverts aux paris. Quand le chamelier de la sobriété porte le masque des tourments. Nomade figé dans le désert, il court après le vent pour dénier le puits.
Mais il sait où celui-ci se cache.
Grâce à toi, je devine les effluves de ses sortilèges.
20 décembre 2025 - JCD